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ici mon texte footnote here ©2016 TRB
Numéro 18 | décembre 2025 | Présences contemporaines 4, Territoires et sociétés avant et après la Renaixença catalane, ART’HIFICE 1
Territoires et sociétés avant et après la Renaixença catalane 
Poètes de langue catalane et poètes de langue espagnole au XXe et XXIe siècles : dialogues, points communs, silences et différences
Marie-Claire ZIMMERMANN
rien
 

Si nous revenons, un instant, aux origines de la poésie catalane, c’est-à-dire au XVe siècle, lorsque le grand créateur que fut le valencien Ausiàs March (1400-1459) composa cent vingt-huit poèmes – 10263 vers – en catalan, alors que la langue des trobadors était toujours l’occitan1, nous constatons que son contemporain, Iñigo López de Mendoza, marquis de Santillana, auteur majeur de la poésie espagnole, dont le nom est resté dans la mémoire européenne, parlait du poète March en des termes fort élogieux : « Varón de asaz elevado espíritu »2. L’époque était celle des rencontres entre poètes, castillans et catalans se rejoignant pour se rendre à Naples où résidait le roi Alphonse le Magnanime3. Mais des siècles ont suivi et l’Histoire de la Catalogne a été marquée par bien des vicissitudes. La poésie s’est maintenue dans les deux langues, porteuse à la fois de contacts et d’éloignement. Je vais donc m’attacher à l’analyse des relations qui s’établissent ou non entre les poètes des deux langues durant une période clairement délimitée, en gros l’après-guerre, la dictature franquiste, l’instauration de la démocratie et les premières années du XXIe siècle. Le fait de réfléchir sur nos contemporains est en même temps stimulant et difficile, car, si nous avons un accès direct aux auteurs, nous manquons de perspective et risquons de survaloriser ou de sous-estimer certaines œuvres. Mes propositions, qui ne sont pas définitives, devraient être accompagnées ultérieurement par d’autres lectures poétiques et par des enquêtes qui seraient menées auprès des écrivains. Ceci pourrait aboutir à des recherches collectives et à des rencontres qui se centreraient sur les poètes qui, aujourd’hui, en 2018, écrivent en catalan et /ou en castillan.

Des noms de poètes et des extraits de poèmes seront ici cités, mais je m’en tiendrai à quelques œuvres seulement, qui me paraissent déterminantes et aussi pour les faire connaître ailleurs qu’en Espagne, en particulier dans d’autres pays européens. Que des poètes de valeur ne soient pas mentionnés n’implique aucunement un oubli, mais l’adoption d’une perspective précise. L’on comprendra aussi que l’usage de listes de noms ait été banni de l’analyse des œuvres.

Le souci de clarté dans le débat conduit à la structure suivante : j’ai prévu ce que j’appelle une introduction ou une sorte d’ouverture, selon moi indispensable, qui permet d’établir un cadre historique de la poésie qui s’écrivait à Barcelone entre 1939 et 1970. Se succèdent ensuite trois parties : I. Les années 1970 et suivantes. Deux parcours différents en catalan : Pere Gimferrer, Narcís Comadira. II. Au XXI e siècle, relations et traductions. III. Deux univers poétiques : convergences et divergences. Lectures comparées.

En guise d’ouverture : Barcelone et la poésie écrite en castillan

En 1939, la plupart des poètes quittent l’Espagne après la victoire du Général Franco. Federico García Lorca a été assassiné près de Grenade le 19 août 1936, Antonio Machado meurt à Collioure en février 1939, tandis que s’en vont Juan Ramón Jiménez, Emilio Prados, Jorge Guillén, Rafael Alberti, Luis Cernuda, Pedro Salinas… Emprisonné, Miguel Hernández meurt en 1942. Les poètes catalans partent en exil : Josep Carner, Carles Riba (de retour en 1942). Ne restent en Espagne que Vicente Aleixandre (Madrid) et Salvador Espriu (Barcelone). Le premier accueille tous les jeunes poètes qui écrivent en espagnol, tandis que Salvador Espriu se tait et reçoit, volets fermés, tout en continuant à écrire son œuvre. Un fait est essentiel : la langue catalane étant interdite dans l’espace public, et les éditions prohibées jusqu’en 1947, il est certain que le silence est tombé sur la population et que le poids de ce mutisme ne cessera pas de peser jusqu’en 1975 et même au-delà. Aujourd’hui encore, des Catalans même jeunes et actifs gardent en tête l’idée qu’un jour leur langue serait menacée et cesserait d’exister. Dans les années 1950-1960, il n’y avait pas de « génération » ou de groupe de poètes écrivant en catalan ; seuls restent des individus sans pouvoir éditorial : ainsi, en 1963, le jeune Pere Gimferrer (né en 1945), assiste-t-il à une lecture de Llibre de Sinera par son auteur, Salvador Espriu, à la Faculté de droit de Barcelone, et il constate qu’il y a là bien peu d’auditeurs, peu d’étudiants, mais aussi très peu de professeurs4. En revanche, les poètes qui écrivent en espagnol restent fidèles à la notion de génération que leurs prédécesseurs des années 1920-1930 affectionnaient, car l’Espagne fonctionnait et fonctionne ainsi encore, d’où l’emploi de termes tels que « grupo », « promoción ». Ceci explique que, sous le franquisme, des poètes hostiles au régime mais écrivant en espagnol se soient regroupés selon de nouvelles orientations. Un fait s’impose : des poètes d’origine catalane, vivant à Barcelone, écrivent exclusivement en espagnol et sont donc publiés. On lira l’excellent volume intitulé : La escuela de Barcelona, de Carme Riera, qui est consacré à Jaime Gil de Biedma, José Agustín Goytisolo et Carlos Barral5. Les poèmes de ces auteurs marquent l’accès à de nouvelles sensibilités, même si la parole reste voilée ; ainsi rien n’est-il dit sur l’homosexualité de Biedma. En 1959, ces poètes se rendent à Collioure, lors des cérémonies consacrées à Antonio Machado vingt ans après sa mort. De même, ces Catalans se réunissent-ils lors des entretiens de Formentera sur la poésie, mais, là encore, rien n’est dit sur la poésie catalane. Lorsqu’ils vont à Madrid, l’on dit d’eux : « Voici des poètes catalans », mais tous écrivent en castillan.

Dès les années 1950, naît en Espagne une  poesía social ou del compromiso, écrite en espagnol et témoignant des douleurs de l’après-guerre. Le réalisme était de mise dans ces poèmes, mais de grands écrivains tels que Blas de Otero, Claudio Rodríguez, José Ángel Valente6 parviennent en peu de mots, à travers le silence, à traduire les tristesses d’un enfouissement individuelle et collectif. Cependant, vers les années 1960-1965, une nouvelle génération de jeunes poètes commence à s’en prendre à cette poésie engagée qu’ils jugent dépassée. Mais qui sont ces poètes ? Où se retrouvent-ils ? Essentiellement à Barcelone, lieu de l’échange verbal et de la publication. Certains sont catalans (Pere Gimferrer, Ana Maria Moix), mais la majorité provient de divers lieux de la péninsule. Ces poètes passent quelques mois ou même un an en compagnie d’un critique catalan très talentueux, qui a déjà publié deux livres sur la poésie espagnole : José María Castellet. Neuf d’entre eux sont réunis dans une anthologie intitulée Nueve novísimos poetas españoles, qui est publiée en 1970 à Barcelone et dont Castellet, auteur d’une remarquable introduction, a totalement assumé l’organisation7. Ce livre proclame nettement un renouveau de la poésie espagnole et une rupture radicale avec la poésie sociale qui s’écrivait alors en Espagne. L’impact fut assez brutal et bon nombre de poètes engagés écrivirent des textes très sévères à ce sujet. Une longue série d’affrontements verbaux ne faisait que commencer. Les poètes de l’anthologie et José María Castellet lui-même ont alors dit et écrit qu’un poète avait joué un rôle décisif dans la préparation de cette anthologie, Pedro Gimferrer (né en 1945), qui avait jusqu’alors écrit en castillan, mais qui, en 1970, publie aussi son premier recueil en catalan, Els miralls8, lequel sera bientôt suivi d’une œuvre poétique en catalan.

Désormais le poète adoptera le nom de Pere Gimferrer. Il s’agit là, sans doute, d’un des plus grands écrivains de notre temps. La poésie catalane s’ouvre et se multiplie, des poètes isolés se rassemblent, quelques-uns se détachent dont le style singulier, très personnel, retient l’attention.

Allons plus loin maintenant sur ce resurgissement et ce renouveau de la poésie catalane. Nous parlerons d’abord du parcours de Pere Gimferrer, puis de celui de Narcís Comadira, dissemblables, mais impérativement catalans.

Les années 1970 et suivantes

1. L’étonnant personnage qu’est Gimferrer a commencé à écrire des poèmes en castillan à l’âge de treize ans. C’est un lecteur insatiable doté d’une prodigieuse mémoire. Il écrit Malienus9 en 1962 qu’il ne publie pas, puis publie en 1963 Mensaje del tetrarca10 et, en 1966, Arde el mar11. Ce livre lui vaut l’octroi, à l’âge de vingt-et-un an, du Premio Nacional de Literatura, ce qui lui donne le sentiment d’être de plus en plus responsable poétiquement. En 1968, il publie La muerte en Beverly Hills12, où l’on peut mesurer l’impact du cinéma sur son écriture. La voie est donc visiblement ouverte pour une œuvre poétique en langue espagnole. Cependant, Gimferrer découvre et approfondit la lecture de plusieurs grands poètes catalans de son temps, en particulier Josep Vicenç Foix (1893-1987), l’un des plus inventifs producteurs de métaphores13 au XXe siècle en Catalogne. Ceci se passait en 1963-1964. En 1965, il entre en correspondance avec Vicente Aleixandre, poète espagnol s’il en est14 et, en 1966, avec Octavio Paz, poète mexicain avec qui il sera en correspondance15. Pere Gimferrer a donc alors des rencontres personnelles, approfondies avec des poètes majeurs, dans les deux langues.

Arde el mar16 est un chef-d’œuvre et le reste cinquante ans après sa publication. Le locuteur se prévaut de métaphores qui s’enchaînent, puis s’éloignent pour mieux traduire les contradictions d’un moi intime qui porte plusieurs masques, peu à peu évoqués, détournés, ceci créant un ensemble langagier éblouissant, déroutant, où vie et littérature s’épousent et se renouvellent sans cesse. Nous sommes loin du réalisme et de l’engagement : lucidité et humour se combinent tandis que s’effectue un intense travail sur l’imaginaire. Des personnages surgissent en route, Gabriele d’Annunzio, Hölderlin, minés par le silence, Agrippa d’Aubigné, mais aussi des lieux énigmatiques, « El arpa en la cueva » et « Oda a Venecia en el mar de los teatros », où le moi-poète se souvient et se moque de ses émotions adolescentes pour comprendre que le poème n’existe qu’entre illusion et pari17.

Pere Gimferrer n’était-il pas dès lors fortement engagé dans la voie d’une écriture en espagnol, que lui ouvrait pareille réussite initiale ? Or, en 1970, la poétique rédigée par Gimferrer pour Nueve novísimos poetas españoles et qui figure avant les poèmes choisis par lui dans l’anthologie de José Maria Castellet s’achève par cinq lignes qui créent la surprise parce qu’elles annoncent la rédaction, cette même année, d’un premier livre en catalan, provisoirement intitulé Els miralls, et le poète ajoute que ce livre ne répond pas forcément aux critères qui s’appliquaient à son œuvre antérieure. Espérons, dit-il, que cela signifie un progrès :

 

Por lo demás, a la poesía en la que actualmente trabajo –mi primer libro en catalán, titulado provisionalmente Els miralls- no le son quizás plenamente aplicables algunas características que podían parecer inamovibles en mi obra anterior. Cabe esperar que ello suponga un progreso18.

 

Comment expliquer cette décision qui est considérable puisqu’il y a passage en poésie à la langue privée, la langue interdite, le catalan ?

Dans des conférences et des essais sur la littérature, Pere Gimferrer a souvent parlé de ce sentiment d’imposture19 que le franquisme suscitait au point d’étouffer le désir20. La langue familiale était certes le catalan, mais l’ennui et le silence ambiants régnaient impitoyablement. En 1970, deux événements viennent changer le parcours du poète : cette année est marquée par les procès de Burgos, donc par l’accentuation d’une résistance catalane au fascisme, mais, à côté de l’histoire collective, surgit l’histoire personnelle, c’est-à-dire la rencontre de Maria Rosa Caminals, pianiste connue, catalane convaincue, et le lien amoureux qui aboutira au mariage en 1971, passe par une célébration de la langue catalane, langue exclusive de la communication entre Pere Gimferrer et Maria Rosa Caminals. On lira L’agent provocador (1998), un volume composé d’une série de textes en prose et en particulier le chapitre VI, où Gimferrer explique que, jusque-là, la langue avait été masquée, que les gens étaient comme scindés et que le dialogue avec Maria Rosa lui permettait, à lui, poète, de revivre et de redécouvrir avec bonheur certains mots, tels que « paranys », premier mot du premier poème de son premier livre en catalan, Els miralls. Plusieurs pages évoquent des retrouvailles splendides avec des mots catalans : « petricó », « abellidor », «oliaire »21.

Du point de vue poétique, nous assistons à ce que Pere Gimferrer appelle un changement d’orientation. En effet, selon lui, jusqu’en 1970, les poèmes le conduisaient du personnage à son moi, tandis que, désormais, il lui fallait aller du moi vers celui qu’il parviendrait à être grâce à cet acte qui lui permettait de s’objectiver dans l’écriture. Il estime donc passer d’un moi actif à un moi réflexif22. En 1970, commence donc une œuvre poétique catalane qui sera publiée à Barcelone : Els miralls23 ; Hora foscant (1972)24 ; Foc cec (1973)25 ; L’espai desert (1977), un chef d’œuvre traduit en français par François-Michel Durazzo, dont dix textes, écrits en décasyllabes et alexandrins, où sont évoquées les laideurs de la dictature, que traduisent les allitérations et les fortes articulations consonantiques26. Dans ce livre, l’on accède à la vacuité de l’enfance, aux peurs nocturnes, à un érotisme illimité et bienheureux, à la jouissance due aux sensations visuelles et tactiles, à la quête extrême de l’être, entre dépossession et dépassement27. Sont ensuite publiés : Com un epíleg (1980)28, Aparicions (1982)29, El vendaval (1988)30, La llum (1991)31, Mascarada (1996)32, qui exalte tous les plaisirs de l’eros, A Kenji Mizoguchi (douze exemplaires de bibliophile)33, El diamant dins l’aigua (2001)34. Voilà donc une œuvre d’une constante richesse, qui ne manque pas de susciter des rivalités, mais qui éblouit avant tout par sa diversité, car Pere Gimferrer écrit aussi des livres sur l’art et la peinture, en particulier : Antoni Tàpies i l’esperit català (1974)35, Max Ernst o la dissolució de la identitat (1977)36 ; Miró, colpir sense nafrar (1978)37, Les arrels de Miró (1993)38. Il publie également des essais sur la littérature : La poesia de J.V. Foix (1974)39. Il fait connaître un roman, Fortuny (1983), qui compte beaucoup à ses yeux, car le style a à voir avec l’écriture poétique40.

Il rassemble dans deux volumes des textes déjà parus dans la presse : il s’agit de Dietari (1979-1980) (1981)41 et Segon dietari (1980-1982) (1982)42. Ces deux Dietaris abordent toutes sortes de sujets et l’on y constate la lucidité et la rigueur du poète lorsqu’il s’attache à définir la catalanité, qui sera à la fois pleinement assumée, exaltée par ses valeurs, mais toujours dominée par une démarche universelle qui, bien entendu, sera étrangère à tout signe de provincialisme ou de chauvinisme. Pere Gimferrer estime que penser à la Catalogne, c’est penser à ce que nous sommes et parler de nous, chacun de nous, à un moment donné et en un lieu précis. La langue catalane apparaît comme le ciment d’une identité43.

Cependant, à côté de l’œuvre catalane, existe aussi une autre pratique particulièrement importante dans la mesure où le poète s’autotraduit en castillan. En effet, dans Espejo, espacio y apariciones (1988)44, le poète traduit toute la poésie qu’il a publiée en catalan entre 1970 et 1980, car il veut faire connaître son œuvre à tous les lecteurs qui ne parlent pas catalan, d’où sa pratique de la littéralité et l’usage autant que possible du calque fidèle. Ensuite, il aura recours à des traducteurs – Basilio Losada et Justo Navarro – pour l’œuvre qui est publiée entre 1980 et 2001, sans doute par manque de temps et par goût de la diversification.

Mais Pere Gimferrer ne s’est pas seulement limité à l’autotraduction ; il a aussi traduit en castillan de grandes œuvres poétiques catalanes. Ainsi a-t-il traduit en 1978 une partie de l’œuvre d’Ausiàs March45, des textes de Ramon Llull , de Joan Brossa et de Gabriel Ferrater46. Il a enfin publié plusieurs essais en castillan sur des auteurs de langue espagnole : Lecturas de Octavio Paz, Cine y literatura, Los raros47.

Un tel parcours explique que Pere Gimferrer ait été élu en 1985 à Madrid, à l’âge de quarante ans, à la Real Academia Española sur le fauteuil de Vicente Aleixandre. En 2000, lui est décerné le Premio Reina Sofía de Poesía Iberoamericana48. En 1998, lui est accordé le Premio Nacional de Las letras españolas pour l’ensemble de son œuvre. La Catalogne le reconnaît pleinement, puisqu’il reçoit en 1997 le Premi Nacional de Literatura de la Generalitat de Catalunya. D’autres prix mettent en valeur la dimension universelle de cette œuvre, car en 2006 lui est décerné le Premio Octavio Paz de Poesía y Ensayo. Ceci étant, Pere Gimferrer garde intact le plus vif sentiment d’indépendance en tant que poète.

Mais nous ne sommes pas encore passés à ce que devient l’écriture gimferrienne au XXIe siècle. Or, nous allons nous trouver face à un nouvel emploi formel, c’est-à-dire à un changement de langue. En effet, après le décès de Maria Rosa Caminals (2004), Gimferrer, qui a beaucoup souffert de la disparition de la « náyade muerta »49, a retrouvé une femme qu’il avait aimée dans les années 1969, Cuca de Cominges, et avec ce « re-encuentro », il bâtit un autre mythe poétique, qu’il évoque dans un livre en prose : Interludio azul50. Il faut désormais fermer les yeux à la fois sur le passé et sur le futur et faire de la poésie une glorification de l’instant, d’où de nouveaux recueils de poèmes, mais écrits en espagnol, langue habituelle de communication entre Pere Gimferrer et sa muse, Cuca, à qui il dédie désormais chacun de ses livres. Sont ainsi publiés à Barcelone, face à la surprise générale : Amor en vilo (2006)51, Tornado (2008)52, Rapsodia (2011)53, Alma Venus (2012)54. Dans ces recueils, sonnets et poèmes compacts construisent un chant amoureux émaillé de citations, de références poétiques les plus diverses, tirées des auteurs d’autres pays. Mais, peu à peu, avec Alma Venus, se glisse une méditation sur le monde actuel : ainsi sur l’argent et sur la peine de mort ; cependant, toujours l’emporte la réflexion sur les mots, sur le rôle du poème, qui demeure une préoccupation majeure : « Venía de vivir en el poema, / para que así el poema viva en mi »55.

Le poète prend bien soin de dire et d’écrire que le fait d’avoir ainsi opté à nouveau pour la langue espagnole ne change en rien son regard sur le catalan, sur toutes ses productions catalanes, ainsi dans la Nota finale de Amor en vilo :

 

Lo dicho no atañe a mi obra inédita en catalán, y ni que decir tiene que tampoco a mi actitud ante la lengua y la literatura catalana; nunca, por otro lado, he dialogado menos con Ausias March que con Garcilaso, Góngora o Rubén Darío, ni menos con todos ellos que con Dante o Baudelaire; pero, manifiestamente, tiene el amor su lenguaje: aquel en que ella y yo nos hemos relacionado siempre56.

 

L’allusion à l’oeuvre inédite en catalan a sa réponse avec la publication en 2014 de El Castell de la puresa. Le titre est un emprunt à Mallarmé : « Le Néant parti, reste le château de la pureté » 57. Dans ce nouveau recueil, le poète médite sur les mots inutiles, sur ces masques que sont la vie et la mort, mais aussi sur le voyage et sur la matière qui nourrit la parole :

 

Us parlo amb les paraules de la llum i de l’aigua,

les paraules del ferro, encastades al roc:

amb els mots minerals i l’ombratge del sastres,

amb el naip de la nit llençada en escampall58.

 

La richesse métaphorique, l’espace donné à la phrase versale, la croissance des volumes jusqu’à l’ultime parole demeurent inégalables. Il y a là une pleine et glorieuse utilisation de la langue catalane. Pere Gimferrer ne dit-il pas d’ailleurs, dans la note initiale de l’auteur : « Anys enrere vaig escriure : ‘cos amb cos / amb ales de grifó, que tant bateguen’. Avui veig així la llengua poética catalana: un cos vast i bategant que mou els poemes »59.

Voici donc l’itinéraire exceptionnel d’un poète catalan, le plus connu, qui écrit en deux langues, celui d’un Barcelonais qui est un lecteur impénitent pour qui le poème ne peut être qu’universel. Le talent de Pere Gimferrer est tel que ses deux langues ont pu être publiées dès son extrême jeunesse, puis tout au long d’une carrière prestigieuse qui se poursuit aujourd’hui.

2. Cependant, il existe en Catalogne d’autres parcours, fort brillants, mais avec une pratique exclusive de la langue catalane et une perception critique de l’hispanité. C’est le cas d’un très grand auteur, né en 1942 : Narcís Comadira. Notons un premier point important : ce poète n’est pas barcelonais : il est de Girona. Sans craindre de se tromper, l’on dira aussitôt que c’est plus difficile d’être publié en poésie hors de Barcelone, car l’on bénéficiera moins de rencontres, de festivals et d’invitations ponctuelles. Comadira et son épouse, Dolors Oller, universitaire et critique, vivent depuis longtemps à Barcelone, mais les années gironines, les amitiés de jeunesse occupent une part importante chez cet écrivain, dont l’œuvre complète, Formes de l’ombra (1966-2002), a paru à Barcelone en 200260. Remarquons que le premier recueil, La febre freda (1966) figure dans un livre collectif, Cinc poetes de Girona, et qu’il est précédé d’un prologue de Modest Prats, qui, d’une part, affirme croire en la capacité du peintre et poète, mais qui, d’autre part, estime qu’il faut que Comadira avance, progresse en cessant de citer d’autres textes ; il craint même que cette poésie ne se transforme en « un joc brillant i lleuger, en un provençalisme »61. Rien donc ne fut immédiat ni facile et le poète estime être devenu lui-même grâce à des amis gironais et aussi grâce à des choix de vie qui, peu à peu, ont confirmé son désir d’être un poète véritablement créateur. Pour Comadira, l’unité poétique favorite n’est ni le livre ni le vers, mais le poème. Il ne croit pas à la mort de l’auteur, très à la mode selon lui, et il estime que tout poète doit parler de lui-même : « Jo crec que un poema, abans de res, ha d’emocionar. O commocionar », car il faut que la poésie, intellectuelle et philosophique, ait une forte charge émotive62.

Dans son œuvre, riche de création formelle et sensible en catalan, Comadira est d’abord celui qui, tout en décelant la beauté ou l’intensité du vécu, prend des distances, plaisante, provoque et ironise. La langue catalane lui sert à la perfection à feindre la légèreté, à ôter les masques pour susciter le rire, l’hilarité. Le chant amoureux, qui proclame la présence des corps, va de pair avec l’évocation des paysages, mais le poète n’est jamais dupe et, de fait, c’est cette capacité à rassembler des tons dissemblables qui donne à l’œuvre son caractère particulier, inimitable, son ouverture qui est un signe de totale liberté vis-à-vis de tous.

La Catalogne, la langue catalane et Girona sont au cœur de l’écriture ; il existe donc une manière de se dire provincial. Cependant, Comadira ne cherche pas à idéaliser ses choix fondamentaux et le lecteur perçoit l’humour du poète dès les premiers vers de « Cançó provinciana », car le poète ne craint pas de choquer ou de bousculer ses lecteurs catalans :

 

A Girona hi ha burgesos,

que és una gent molt com cal :

es confessen, van al cine

van a missa al Mercadal.

[………………………………]

 

També hi ha catalanistes,

pocs, pro ho tenen ben muntat ;

venen llibres i revistes

establint societat.

 

No volen pas fer negoci,

els seus fins són  culturals :

difondre la pobra llengua

amb llibres i festivals.

[………………………………….]

 

Els que lluiten per la causa

no pararan de plorar.

Els posaran al diari

una esquela en català.

 

Els passaran molt feliços

l’etern diumenge del cel,

escoltant una sardana

i llegint el Tele-estel63

 

Dans cette œuvre sont notifiés certains rejets, notamment celui d’une certaine hispanité. À Paris, invité par une librairie, Comadira nous a dit qu’il ne se sentait pas du tout espagnol. Que rejette-t-il ? D’abord une manière d’enseigner la poésie espagnole par des résumés et aussi à travers des chronologies. Il plaisante aussi sur les grands auteurs espagnols. La sortie de la péninsule pour faire un séjour à Londres comme lecteur, entre 1971 et 1973, fut un régal qui lui permit d’approfondir la lecture des grands poètes européens, notamment T.S. Eliot et Rainer Maria Rilke. Le retour en Catalogne conduisit Comadira à se ressourcer plus que jamais dans la poésie écrite en catalan par des auteurs contemporains, entre autres Josep Carner, Carles Riba, J.V. Foix et Gabriel Ferrater. Il estime que ces poètes ont véritablement reconstruit la catalanité poétique en leur temps, c’est-à-dire au début du XXe siècle ; il considère que Josep Carner a beaucoup plus fait pour la poésie catalane que l’immense créateur valencien du XVe siècle Ausiàs March ! S’adressant à Pere Gimferrer dans « Disset lires per un poeta avantguardista », il l’interroge sur la pauvreté poétique de la Catalogne des années 1972 : « La terra és ben glaçada, / i la llengua i els versos i els escrits./ ¿Hi haurà llavor colgada ? / Aquest i altres neguits / em turmenten els dies i les nits »64.

Il va de soi que Narcís Comadira n’écrit jamais en espagnol, sauf pour plaisanter sur un séjour à Madrid où tout lui déplaît. Voici la fin de ce poème intitulé « L’autor la va escrirure a Madrid una tarda que s’hi avorria » :

 

Madrid me mata y me entierra.

¡ Yo, por fin , descanso en paz!65

 

À côté de ces amusettes qui enchantent les lecteurs, existent cependant de profondes amitiés avec des poètes qui écrivent en castillan, notamment avec José María Valverde. En 1969, celui-ci se trouvait dans l’Ontario, au Canada et il joignit Narcís Comadira à l’occasion de la publication de Papers privats66. Écrit en espagnol, le poème est très amical. Valverde évoque avec émotion les rencontres qu’il fit avec des poètes catalans à Barcelone et il se souvient de la beauté brumeuse de l’automne barcelonais ; il transmet à tous des « abrazos », dit du ciel canadien qu’il est « tan castellano, claro, alto y profundo » et il avoue aussi que son « catalán auditivo » est « mediocre » et surtout qu’il craint certains mots catalans lorsqu’ils figurent dans un vers, par exemple le substantif « tardor » :

 

cuando van en un verso. Por ejemplo, tardor,

me resisto a que sea «otoño», por las buenas,

y no alguna invención floral o noucentista67.

 

Certes, Valverde a bien saisi la portée des vers de Comadira, à la fois moqueurs et tendres, mais il ne se livre pas à une véritable réflexion sur la poétique de Comadira, sur l’emploi personnel de la langue catalane dans l’écriture des poèmes.

Dans « Nota de l’autor », introduction à son œuvre complète, Narcís Comadira explique comment, peu à peu, ses recueils ont été publiés en Catalogne : cela ne fut pas si simple. Si les années 1974-1978 furent prometteuses, certaines initiatives ultérieures, fort judicieuses, se heurtèrent à bien des difficultés après 1980. En 1985, Enigma parut dans une collection appelée Poè’tica (avec un double accent symbolique), aux éditions Península, à Barcelone. Il s’agissait alors de publier de la poésie en catalan et en castillan ou dans une langue utilisée pour la traduire. Il y avait là le désir de se rencontrer en poésie, plus encore que dans une langue donnée, mais les libraires étaient mécontents, déconcertés : ceux qui plaçaient dans un recoin les livres en catalan ne savaient pas où mettre les versions plurilingues et ceux qui étaient habitués au castillan étaient hostiles à la nouvelle formule, d’où l’arrêt de Poè’tica avec deux accents68.

En revanche, la fondation d’Empúries (Edicions 62), le rôle de Proa et la réunification de Poesia témoignent de la capacité d’innovation des Catalans et du dynamisme de certains éditeurs. En 2002, dans sa lettre à Xavier Folch, qui est d’une remarquable rigueur et qu’il publie à la fin de son œuvre complète, Narcís Comadira se dit politiquement pessimiste, mais confiant dès lors qu’existent les poètes. Il a connu de grands auteurs catalans et il affirme qu’un véritable poète pratique solitairement un travail d’écriture, dans la belle langue dont il dispose : « Hi ha solitud i esforç i bona llengua »69, mais, si le monde choisit d’autres voies, c’est-à-dire la domination de l’argent et l’inconscience et si ce pays va tout droit à l’échec, que pouvons-nous y faire ? Restent alors les livres, bien reliés, où la langue crée un univers :

 

I que des dels seus fulls una llengua precisa

ens construeixi, exacte, tot el sentit del món70.

 

Narcís Comadira a ajouté à la dernière page, un poème de W.B. Yeats, qui évoque la fin d’un temps à travers l’image d’un cheval sans cavalier et celle de l’obscurité qui couvre les eaux où nageait le cygne71. Entre pessimisme et foi en l’écriture, Narcís Comadira est donc l’une des plus fortes personnalités poétiques catalanes d’aujourd’hui.

Il conviendrait ici de parler de plusieurs autres poètes provinciaux qui écrivent exclusivement en catalan, mais avec des perspectives et des tonalités qui leur sont propres : à Girona, Salvador Oliva72, traducteur en catalan de l’œuvre de Shakespeare ; à Lleida, Jaume Pont, professeur de littérature espagnole à l’Université, grand poète qui utilise le catalan du côté de la philosophie73 ; également à Lleida, Josep M. Sala-Valldaura, professeur de littérature espagnole à l’Université, grand poète lui aussi, qui fait de la langue immédiate le lieu d’expression de l’intériorité74 ; Josep Piera est un poète valencien très connu en Catalogne : on lira entre autres le splendide Dictats d’amor (1971-1991)75. Ces poètes ne sont pas traduits en espagnol : leur publication est liée au milieu éditorial et intellectuel catalan. En revanche, plusieurs d’entre eux sont partiellement traduits en français par Bernard Lesfargues, François-Michel Durazzo, Nathalie Bittoun-Debruyne, grâce à des subventions attribuées par l’Institut Ramon Llull et la Institució de Les Lletres Catalanes. L’anthologie intitulée 48 poètes catalans pour le XXIe siècle, dont la traduction est due à François-Michel Durazzo, a été publiée en 2005 par Écrits des Forges, à Québec (Canada)76. L’on signalera enfin cet événement majeur que fut la création d’un prix de traduction Ramon Llull, qui est décerné chaque année à Barcelone à un traducteur étranger qui traduit des œuvres catalanes dans sa propre langue, entre autres le français, l’allemand et l’Italien. L’on se réjouit de constater le nombre de traducteurs européens qui se présentent et la qualité de ces traductions. Un poète a joué un rôle essentiel en ce domaine, qui fait connaître la littérature catalane dans le monde : il s’agit d’Àlex Susanna77, dont on admire la créativité.

Poètes catalans et poètes espagnols aujourd’hui, au XXIe siècle

En Catalogne, il n’y a pas eu récemment de regroupement et moins encore de « génération poétique ». En revanche, chez les poètes espagnols, se sont succédé des mouvements : après les Novísimos, ont surgi vers 1980-1985 les Postnovísimos, puis des auteurs plus jeunes, qui pratiquaient une poésie dite de « l’expérience », ce qui entraîna quelques conflits langagiers avec de grands poètes issus des Novísimos et qui s’étaient renouvelés par l’emprunt de voies qui leur étaient propres : Jaime Siles78, Guillermo Carnero79, Antonio Colinas80, pour ne citer que les plus connus. Un fait s’impose ; aucun groupe ne s’est fondé qui aurait pu réunir les poètes catalans et les poètes espagnols, mais des liens amicaux, exclusivement personnels, se sont établis entre les individus. Quelques-uns se retrouvent dans plusieurs pays d’Europe, dans des récitals ou dans des colloques universitaires ; ainsi, en mai 2016, étaient assis ensemble à l’Université de Paris-Sorbonne pour lire leurs poèmes, les uns en catalan, les autres en castillan : Jaime Siles, Luis Antonio de Villena, Carles Duarte, Alex Susanna, Jorge Nájar. Jaime Siles et Pere Gimferrer sont en contact épistolaire ; ils s’écrivent dès lors que l’un d’eux publie un nouveau recueil.

L’on insistera maintenant sur le rôle décisif de Carles Duarte (né en 1959)81 ;  ce grand poète, qui écrit en catalan, a des liens très solides avec les poètes espagnols qui vivent  hors de Catalogne : José María Álvarez, Francisco Brines, Felipe Benítez Reyes, Luis Alberto de Cuenca, Luis Antonio de Villena. Carles Duarte nous a expliqué qu’un poète comme Jordi Villalonga travaille activement à bâtir des passerelles entre les deux littératures catalane et castillane, ceci grâce à l’Aula de Poesia de Barcelona. De son côté, Ángeles Cardona impulse des rencontres et des collaborations entre poètes catalans et poètes castillans à partir de l’Acadèmia Iberoamericana de poesia. Enfin, l’Associació col.legial d’escriptors de Catalunya rassemble des auteurs des deux langues. A tous ces éléments essentiels que nous a communiqués directement Carles Duarte il faut ajouter que, si parfois les deux mondes littéraires catalan et espagnol vivent parallèlement, en revanche, un grand nombre de poètes catalans très actifs veillent à maintenir et à conforter le dialogue ainsi qu’à créer des ponts entre les uns et les autres. Carles Duarte, qui a été président du Consell Nacional de Cultura i de les Arts et qui est maintenant directeur général de la Institució Cultural del C.I.C., nous a expliqué que, pour la première fois, le Premi Nacional de Cultura de Catalunya a été décerné à des écrivains de langue espagnole tels que Eduardo Mendoza et Enrique Vila Matas. L’on insistera ici également sur le rôle éminent joué par Àlex Susanna, poète et éditeur, qui a mis en contact des générations différentes, qui a osé publier en 1988 à Barcelone l’œuvre catalane complète de Jordi Pere Cerdà, poète cerdan, mais français, ce que Paris n’a jamais réussi à faire82.

L’on perçoit qu’il manque ici une question essentielle : celle de la traduction des œuvres catalanes en espagnol, ceci à l’intention de l’Espagne et de l’Amérique Latine. Presque tous les recueils de Carles Duarte sont traduits en castillan. Le poète, qui est extraordinairement modeste, se dit privilégié car il a eu la chance d’être traduit83, mais, s’il estime que les liens entre Pere Gimferrer, Joan Margarit et les Castillans sont persistants, il constate que d’autres poètes de valeur tels que Marius Sampere et Francesc Garriga n’en ont pas et sont oubliés.

L’on admire beaucoup les traductions de poèmes catalans de Pere Gimferrer par des poètes espagnols, en particulier celles qui figurent dans le très beau livre qu’est Marea solar, marea lunar, où se succèdent les traductions de grands poètes tels qu’Antonio Colinas, Octavio Paz, Ramon Xirau84. Le lecteur est particulièrement séduit par la traduction d’un sonnet de Gimferrer, même si ce sonnet donne lieu à un poème compact, sans espace blanc : « Acte » est traduit par « Acto », le texte original étant suivi de deux traductions aussi inventives que différentes, l’une de Jaime Siles, l’autre de Justo Navarro. L’on ne citera ici que les trois derniers vers :

 

als cossos molt temps enllaçats,

com a la pira encesa als blats,

la llum hi dibuixa una espasa.

 

en los cuerpos largo tiempo entrelazados,

como en la pira encendida en los trigales,

la luz dibuja una espada                                       [Traducción de Jaime Siles]

 

Fuego en los campos amarillos:

en cuerpos mucho tiempo unidos

la claridad grabó una espada.                            [Traducción de Justo Navarro]85.

 

L’on se prend à rêver d’une oeuvre poétique catalane complète, qui serait totalement traduite en espagnol par des poètes ou même par un seul poète, mais il n’y a que peu de cas de ce type d’exploit. L’on ne citera qu’un seul exemple, celui de la traduction de l’œuvre de Ramón Xirau, Poesía completa, par le grand poète canarien Andrés Sánchez Robayna, professeur à l’université de La Laguna, aux îles Canaries. Mais où est-ce publié ? Au Fondo de cultura económica, Universidad Nacional Autónoma de México!86 Né à Barcelone en 1924, Ramón Xirau avait quitté l’Espagne en 1938 et il vit toujours au Mexique. Ses écrits philosophiques sont en espagnol, mais toute son œuvre poétique est exclusivement en catalan.

Deux domaines poétiques : lectures comparées

L’on comparera maintenant les deux territoires consacrés à la poésie, l’un en catalan, l’autre en castillan, afin de déceler ce qu’ils ont en commun et d’identifier leurs différences, également pour tenter d’évaluer la singularité de chacune des pratiques formelles adoptées par les poètes.

1. Catalans et Espagnols évoquent constamment les espaces de la péninsule ibérique, les villes, les paysages, les lieux solitaires où se déroule la vie, autrefois ou aujourd’hui. La Salamanque d’Antonio Colinas et de Jaime Siles a pour équivalent en Catalogne Barcelone, Girona, València. Ciel et terre dans les régions donnent lieu à toutes les images et à tous les symboles possibles, mais la singularité des Catalans réside dans l’omniprésence de la mer Méditerranée. On lira à ce propos Maríntim et Mars de Carles Duarte87, ce dernier livre associant poèmes et photographies.

2. Poètes espagnols et catalans sont aujourd’hui de grands voyageurs : les poètes-professeurs partent enseigner dans le monde entier. L’Angleterre, la Suisse, les USA, l’Allemagne attirent les Espagnols, et les Catalans aiment sans réserve l’Italie, la France et l’Argentine. Les uns et les autres sont familiarisés avec les poètes de ces pays et ils en parlent dans leurs textes. Pere Gimferrer voyage peu, mais il lit tout. Les séjours des Espagnols hors de la péninsule sont parfois plus longs, ceux des Catalans sont plus brefs, mais plus fréquents.

3. Les poètes catalans et espagnols parlent des autres arts dans leur poésie (musique, peinture, sculpture), les Espagnols se référant à toute sorte de nationalités, les Catalans étant très tournés vers leurs propres grands artistes modernes : Picasso, Tàpies, Gaudí, Miquel Barceló. Les Catalans jouxtent fréquemment des poèmes à des tableaux ou à des photographies. Ces arts communiquent entre eux, le visuel éclairant la graphie poétique. On citera plusieurs très beaux ouvrages : Mascarada (Pere Gimferrer et Miquel Plana)88,  Celestial Sant Sopar, Alba del vespre (Carles Duarte)89.

4. Les citations poétiques sont aussi fréquentes chez les Catalans que chez les espagnols. Il semble que les Espagnols citent davantage leurs auteurs les plus anciens (Berceo, Manrique, Garcilaso), tandis que les Catalans se tournent avec ferveur vers les poètes du XIXe et du XXe siècle (seule exception : Ausiàs March, XVe siècle). Les poètes catalans mettent parfois en garde contre l’abus des citations et contre des modes qui mettent en valeur certains noms plutôt que d’autres, qui seraient plus valables.

5. Espagnols et Catalans parlent constamment de poétique dans leurs textes. On observe une conscience critique très forte, le goût de la définition en matière d’écriture, le souhait aussi de parvenir à une oeuvre (Antonio Colinas, Pere Gimferrer). Ce sont des versificateurs, beaucoup plus que ne le sont les poètes français. Ils utilisent des formes strophiques variées (Narcís Comadira) et assez peu la prose, les Catalans étant très attachés à l’espace de la strophe ou au poème compact. Globalement, les poèmes en catalan vont vers la brièveté, vers l’économie du discours, l’allusion ou l’énigme, alors que les poètes espagnols ne craignent pas le déploiement verbal, très maîtrisé par ailleurs.

6. Le ton ironique, la dérision le non-développement de thèmes douloureux sont typiques des Catalans ; chaque poète doit rejeter l’idée d’un apitoiement sur soi. On relira en ce sens toute l’œuvre de Josep M. Sala-Valldaura90.

7. Nous parvenons ici à la conception qu’ont les poètes catalans et espagnols de leur moi poétique et de leur Histoire. Parfois, chez tous surgit le souvenir du passé franquiste vécu pendant leur enfance (Pere Gimferrer, Jaime Siles)91, mais chez les plus jeunes s’impose plutôt une réflexion sur l’Histoire récente, le XXIe siècle, les violences du monde, les guerres, l’attentat d’Atocha, évoqué par Antonio Colinas92 et par Luis García Montero93. Les Catalans ironisent et parlent souvent de la vie immédiate ; ainsi Àlex Susanna dans Promiscuïtat94, à la fois pour en louer les bonheurs et toujours en notifier les imperfections, les limites. L’intelligence reprend constamment le dessus et le poème consacre ce qui est à la fois complexe et intensément vivant. Les poètes espagnols, ainsi Juan Antonio González Iglesias dans Confiado95, parviennent à dire le plaisir et même le bonheur derrière chaque lieu ou chaque objet. L’écrivain lit Thomas d’Aquin sur son smartphone et un simple verre d’eau froide renvoie à un geste d’accueil. Il vit pleinement les techniques les plus contemporaines. Les poèmes sont des actes de célébration de la vie, ils ont une forme élégante, sans que cesse le ton communicatif. L’homosexualité n’est ni expliquée ni justifiée : elle est librement vécue dans le partage amoureux.

8. Les poètes espagnols écrivent dans le sens d’une clarté de plus en plus grande, alors que les poètes catalans transcrivent plus abstraitement les expériences intimes, parfois grâce à un quatrain en vers brefs. Un poète comme Carles Duarte parvient à dire le plaisir des sensations avec une parfaite concision, avec le désir de transmettre à l’interlocuteur/ lecteur une joie intacte, sans méconnaître l’inévitabilité de toute mort. Les expériences destructrices sont dites avec peu d’adjectifs, à travers une émotion contenue, tandis que se réaffirme avec l’anaphorique verbe « ser » la certitude d’un possible futur :

 

                                         Arribar

Ser de nou,

ser més,

ser juntament amb altres,

mosaic de rostres i de pells,

camins entreteixits

que conflueixen96.

 

9. Poètes catalans et espagnols inventent une transcendance profane, un ici-bas qui est sans au-delà. La spiritualité, les questions sur l’infini, le pari sur la foi existent dans quelques œuvres seulement –Carles Duarte, Antonio Colinas- mais la majorité poétique choisit la contingence. Le corps et l’érotisme sont mis en valeur en même temps que se déploie la méditation sur l’être et sur la mort, mais celle-ci n’est dite que de biais, et l’on s’éloigne ici d’une tradition poétique espagnole. Globalement, l’on pourrait dire que les poètes espagnols parlent de sentiments, d’émotions et que le désenchantement les guette, tandis que les poètes catalans évoquent des sensations, une sensualité qui conduit à l’être, et aussi de brèves perceptions d’une solitude qui débouche sur le silence, mais ce qui pourrait être tragique devient seulement une formulation de la langue, une vérité générale bien dite, qui enrichira l’imaginaire des lecteurs. Ainsi, Jaume Pont écrit-il dans Raó d’atzar :

 

Enllà del tombant

de les fulles

la volada cristal.lina

de l’ocell

 

També aquesta nit passarà

 

Entre la llum i l’ombra

el sanglot de l’infinit97

 

Dans un article paru dans El país (Libros), le 27 juin 1992, Antoni Munné rappelait fort judicieusement que, dans les années 1920, en visite à Barcelone, Paul Valéry affirmait que la culture catalane « giraba alrededor de la poesía, que partía de la poesía como base para todas sus operaciones (incluso las políticas), que a la poesía utilizaba como universal salvaguarda contra la dispersión…”98. Sans doute, en effet, la poésie a-t-elle été pour les Catalans le langage durable, intemporel, qui contredit toute crainte de disparition et d’oubli de la catalanité.

Les poètes catalans ont cherché et cherchent à créer des liens avec les poètes espagnols, le problème majeur étant celui de la traduction et de l’édition bilingue. C’est donc du côté des Espagnols qu’il faut se tourner pour faire connaître la poésie en langue catalane. Il faut insister sur le rôle des pays européens qui se doivent d’inviter les poètes, grâce à l’Instituto Cervantes, au Colegio de España, aux universités où existe l’enseignement du catalan, grâce à des associations et des clubs de poésie. On ne manquera pas de signaler la publication toute récente à Barcelone d’une anthologie composée par Vicenç Altaió et Josep M. Sala-Valldaura, qui porte sur la poésie catalane entre 1968 et 2018 : Mig segle de poesia catalana99. On signalera également la publication en anglais en 2009 par l’Institut Ramon Llull d’un DVD intitulé  Poetàrium. Contemporary catalan poetry100.

Redonnons la parole aux poètes, à l’un d’entre eux, Carles Duarte, dont les premiers vers d’un texte d’Arvad suggèrent l’image du poète catalan d’aujourd’hui, habité à la fois par la mémoire et par l’avenir :

 

Sóc Ulisses

i reprenc el seu viatge,

encarno els seus somnis101.

 


 

[1] Ausiàs MARCH, Poesies (A cura de Pere BOHIGAS), Barcelone, Editorial Barcino, vol. V, 1959. On consultera : Apèndix, II, La llengua, p. 189-192.

[2] A. MARCH, Per haver d’amor vida, Antologia comentada per Francesc J. GÓMEZ, Josep PUJOL, Barcelone, Editorial Barcino, 2008, p. 33.

[3] A. MARCH, Ausiàs, Per haver d’amor vida, op. cit., p. 22, 23, 28, 29 : Josep PIERA, Jo sóc aquest que em dic Ausiàs March, Barcelone, Edicions 62, 2002, p. 60-70, p .71-79.

[4] Pere GIMFERRER, « Itinerari d’un escriptor », Valències, València, Eliseu Climent, 1993, p. 30. Il s’agit d’une conférence inaugurale d’un cours académique 1989/1990 à l’Ateneu Barcelonès (1989).

[5] Carme RIERA, La escuela de Barcelona, Barcelone, Editorial Anagrama, 1988.

[6] Albert BENSOUSSAN, Poetas españoles de hoy, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1990.

[7] José María CASTELLET, Nueve novísimos poetas españoles, Barcelone, Barral, 1970 (Barcelone, Ediciones Península, 2001).

[8] P. GIMFERRER, Pere, Els miralls, Barcelone, Edicions 62, 1970.

[9] Id., Poemas 1962-1969, Madrid, Visor, 1988. Malienus figure entre les pages 7 et 22.

[10] Id., Mensaje del tetrarca, Barcelone, Trimer, 1963 ; Poemas 1962-1969, op. cit., p. 23-47.

[11] Id., Arde el mar, Barcelone, Ciencia Nueva (El Bardo), 1966 ; Poemas 1962-1969, op. cit., p. 49-91 ; Edición de Jordi Gracia, Madrid, Cátedra, 1994.

[12] Id., La muerte en Beverly Hills, Madrid, Ciencia Nueva (El Bardo), 1968 ; P. GIMFERRER, Poemas 1962-1969, op. cit., p. 99-115

[13] Id., Valències, València, Eliseu Climent, editor, 1993, « Semblança de J.V. Foix », p. 89-97 ; « La poesía de J.V. Foix », p. 99-111 ; Id., La poesia de J.V. Foix, Barcelone, Edicions 62, 1974.

[14] Id., Poemas 1962-1969, op. cit. On lira l’introduction à Malienus (p.9-10) et la lettre adressée par Vicente Aleixandre à Pere Gimferrer (p. 11-12).

[15] Octavio Paz, Memorias y palabras. Cartas a Pere Gimferrer (1966-1997), Barcelone, Seix Barral, 1999 ; P. GIMFERRER, Lecturas de Octavio Paz, VIII Premio Anagrama de Ensayo, Barcelone, Anagrama, 1980.

[16] P. GIMFERRER, Arde el mar, op. cit. On consultera l’édition de 1994 où figure la remarquable « Introducción » de Jordi Gracia, p. 10-90.

[17] P. GIMFERRER, Arde el mar, op. cit., « El arpa en la cueva », p. 138-140 ; « Oda a Venecia ante el mar de los teatros », p. 107-109.

[18] J. M. CASTELLET, Nueve novísimos poetas españoles, op. cit., ed. 2001, p. 154.

[19] P. GIMFERRER, Valències, op. cit., « Itinerari d’un escriptor », p. 25, 28 et 31.

[20] Ibid. : « Primer us he de dir que la meva generació és especial, perquè és l’única generació europea nascuda després de la Guerra Mundial que ha viscut des de la infantesa el feixisme com a única realitat coneguda. No insistiré més en aquest punt, però no oblidem que és un cas únic a Europa i no gaire freqüent al món » (p. 24, 25).

[21] P. GIMFERRER, L’agent provocador, Barcelone, Edicions 62, 1998, p. 77-83.

[22] P. GIMFERRER, L’agent provocador, op. cit., p. 29-30. Dans l’un des chapitres de ce livre, III, « El Ritz », p. 55-56, le poète insiste sur le fait que le moi dépressif, marionnette ou charlatan, est véritablement devenu lui-même.

[23] Id., Els miralls, Barcelone, Edicions 62, 1970 ; Id., Espejo, espacio y apariciones, Madrid, Visor, 1988, p. 13-65. Le texte autotraduit figure en version bilingüe.

[24] Id., Hora foscant, Barcelone, Edicions 62, 1972 ; Espejo, espacio y apariciones, op. cit., p. 67-95.

[25] Id., Foc cec, Barcelone, Edicions 62, 1973 ; Espejo, espacio y apariciones, op. cit., p. 97-135.

[26] Id., L’espai desert, Barcelone, Edicions 62, 1977 ; Espejo, espacio y apariciones, op. cit., p. 151-207.

[27] Id., L’espai desert, op. cit. ; L’espace désert, Poèmes traduits du catalan par François-Michel DURAZZO, Lyon, Fédérop, 2009, p. 66-71.

[28] Id., Com un epíleg, Espejo, espacio y apariciones, op. cit., p. 271-301.

[29] Id., Aparicions, Barcelone, Polígrafa, 1982 ; Apariciones y otros poemas, ed. bilingüe, Madrid, Visor, 1982 ; Espejo, espacio y apariciones, op. cit., p. 209-259.

[30] Id., El vendaval, Barcelone, Edicions 62, 1988.

[31] Id., La llum, Barcelone, Edicions 62, 1991.

[32] Id., Mascarada, Barcelone, Edicions 62, 1996.

[33] Id., A Kenji Mizoguchi, Barcelone, Edición de Bibiófilo, 1998 ; Marea solar, marea lunar, op. cit., traducción de Luis García Jambrina, p. 409-417.

[34] Id., El diamant dins l’aigua, Barcelone, Columna, 2001.

[35] Id., Antoni Tàpies i l’esperit català, Barcelone, Polígrafa, 1974.

[36] Id., Max Ernst o la dissolució de la identitat, Barcelone, La Galería, 1977 (édition en catalan, en espagnol et en français).

[37] Id., Miró, colpir sense nafrar, Barcelone, Polígrafa, 1978.

[38] Id., Les arrels de Miró, Barcelone, Polígrafa, 1993.

[39] Voir supra, note 13.

[40] Id., Fortuny, Barcelone, Planeta, 1983.

[41] Id., Dietari (1979-1980), Barcelone, Edicions 62, 1981.

[42] Id., Segon dietari 1980-1982, Barcelone, Edicions 62, 1982.

[43] Pere GIMFERRER, Dietari (1979-1980), op. cit., « Llengua, cultura i poder », p. 99-101 et « Pensar en Catalunya », p. 161-163.

[44] Id, Espejo, espacio y apariciones, op. cit., L’initiale « Nota del traductor » (p. 7-8), est très éclairante de ce point de vue.

[45] Ausias MARCH, Obra poética, Selección y Traducción. Selecció i Traducció Pere Gimferrer, Introducción Introducció Joaquim Molas, Edición Edició Bilingüe, Madrid, Alfaguara, 1978.

[46] Dans la liste des traductions en castillan, on relèvera  principalement : Ramon LLULL, Obra escogida, Traducción y notas, Madrid, Alfaguara, 1981 ; Juan BROSSA, Teatro, Madrid, Edicusa, 1968 ; figurent aussi des traductions de l’anglais : Samuel BECKETT, Molloy, Barcelone, Lumen, 1969 ; Oscar WILDE, Salomé, Barcelone, Lumen, 1970 ; Pere Gimferrer GIMFERRER a aussi traduit Stendhal en catalan : P. GIMFERRER, La Cartoixa de Parma, Barcelone, Edicions 62, 1986.

[47] P. GIMFERRER, Lecturas de Octavio Paz, op. cit. ; Id., Cine y literatura, Barcelone, Seix Barral, 1999 ; Id., Los raros, Barcelone, Planeta, 1985.

[48] Id., Marea solar, marea lunar, Salamanque, Ediciones Universidad de Salamanca/ Madrid,  Patrimonio Nacional, 2000, 423 p. Ce livre, publié à l’occasion de la remise au poète du Premio Reina Sofía de Poesía Iberoamericana, comporte un choix de textes effectué par Pere Gimferrer, l’édition et la remarquable introduction (p. 7-60) étant dues à Luis García Jambrina, professeur à l’Université de Salamanque.

[49] P. GIMFERRER, Interludio azul, Barcelone, Seix Barral, 2006, p. 17 : « al fondo, en su reino de Ofelia de las algas marinas, sé que la náyade muerta, el agente provocador, sí contaba con que hoy yo diría eso: » ; p. 103 : « La caída –a la vez lenta y vertiginosa– de la náyade muerta en el abismo, con ser dolorosísima, cerraba una realización (‘real-izar’ en la etimología poética de Unamuno) ».

[50] Id., Interludio azul, op. cit. Ce livre comporte douze chapitres en prose, précédés d’un chiffre romain, ainsi qu’une « Nota » (p. 107-108).

[51] Id., Amor en vilo, Barcelone, Seix Barral, 2006.

[52] Id., Tornado, Barcelone, Seix Barral, 2008.

[53] Id., Rapsodia, Barcelone, Seix Barral, 2011.

[54] Id., Alma Venus, Barcelone, Seix Barral, 2012.

[55] Id., Alma Venus, op. cit., p. 61-62.

[56] Id., Amor en vilo, op. cit., « Nota », p. 216.

[57] Id., El Castell de la puresa, Barcelone, Proa, 2014.

[58] Id., El castell de la puresa, op. cit., p. 58.

[59] P. GIMFERRER, ibid., p. 14.

[60] Narcís COMADIRA, Formes de l’ombra, Poesia 1966-2002, Barcelone,  Edicions 62, Empúries, 2002, 555 p.

[61] Ibid., « Apèndixs », [Pròleg, a « La febre freda »], p. 527-528.

[62] Ibid., « Nota de l’autor », p. 11.

[63] Ibid., p. 58, 59, 60.

[64] Ibid., p. 132.

[65] Ibid., p. 324.

[66] Ibid., « Apèndixs », [Pròleg a «Papers privats»] « Carta a Narcís Comadira por y para sus ‘Papers privats’ », p. 529, 530, 531.

[67] Narcís COMADIRA, Formes de l’ombra, p .529-530.

[68] Ibid., « Nota de l’autor », p. 5-13.

[69] Ibid., « Carta a Xavier Folch », p. 515-523.

[70] Ibid., p. 522.

[71] Ibid., p. 523. L’œuvre se poursuit : Lent, Barcelone, Edicions 62, 2012.

[72] Salvador OLIVA, El somriure del tigre, Barcelone, Edicions dels Quaderns Crema, 1986 ; Fugitius, Barcelone, Quaderns Crema, 1994.

[73] Jaume PONT, Raó d’atzar (Poesia 1974-1989), Barcelone, Edicions 62, 1990 ; Raison de hasard, Poésie 1974-1989, traduit du catalan et préfacé par François-Michel DURAZZO, Éditions du Noroît/ fédérop, 2010 ; Llibre de la frontera, Barcelone, Proa, 2000 ; Enlloc, Barcelone, Proa, 2007.

[74] Josep M. SALA-VALLDAURA, Concert  d’esferes. Antologia (1975-2016), Lleida, Pagès editors, 2017 ; Coordenades, Calonge-Mallorca, AdiA Edicions, col.lecció  Ossos de Sol / 35, 2018.

[75] Josep PIERA, Dictats d’amor. Poesia (1971-1991), Barcelone, Edicions 62, 1991. Ce grand poète valencien est aussi l’auteur de libres en prose consacrés à l’espace méditerranéen et à la réflexion sur l’écriture.

[76] 48 poètes catalans pour le XXIe siècle, Traduction et notes de François-Michel DURAZZO, Québec, Écrits des Forges, 2005.

[77] On citera entre autres : Àlex SUSANNA, Boscos i ciutats, Barcelone, Columna, 1994. Suite de Gelida, Barcelone, Proa, 2001 ; Promiscuïtat, Barcelone, Proa, 2011 ; Filtracions, Barcelone, Proa, 2016. De nombreux recueils ont été traduits en français, aux éditions Fédérop : Principe du froid, 1998 ; Les cernes du temps, 1999 ; Inutile poésie, 2001.

[78] Henry GIL, La poésie de Jaime Siles. Langage, ontologie et esthétique, Lyon, ENS Editions, 2014 ; Françoise MORCILLO, Jaime Siles, un poète espagnol, Paris, L’Harmattan (Classiques contemporains), 2002.

[79] Guillermo CARNERO, Obra poética (1966-1990), Edición de Ignacio Javier López, Madrid, Cátedra, Letras Hispánicas, 2010.

[80] Antonio COLINAS, Obra poética completa (1967-2010), México, FCE, Conaculta, 2011, Madrid, Ediciones Siruela, 2011.

[81] Carles DUARTE, S’acosta el mar. Poesia 1984-2009, València, Poesia 3 i 4, 2010, 748 p.

[82] Jordi Pere CERDÀ, Poesia completa, Barcelone, Columna, 1988 ; deuxième édition, Poesia completa, a cura de Marie GRAU, Barcelone, Viena Edicions, 2013. On lira le beau prologue d’Àlex Susanna : « Una obra única » (p .7-12).

[83] Carles DUARTE, Los inmortales, traducción Teresa Claramunt, Pedro J. Miguel, edición bilingüe, Almería, El Gaviero Ediciones, 2008 ; Alba de la noche, Universidad de Jaén, 2013.  Le traducteur est José Luis Atienza. On doit le prologue à José Ángel Marín.

[84] P. GIMFERRER, Marea solar, marea lunar, op. cit. supra. Des poèmes de El vendaval sont traduits par Antonio Colinas (p. 331), Francisco Rico (p. 333, 335, 337), Octavio Paz et Ramón Xirau (p. 339-341), Octavio Paz (p. 343), Jaime Siles (p. 345).

[85] Ibid., p. 346 et p. 347.

[86] Ramón XIRAU, Poesía completa, Edición bilingüe, Traducción Andrés Sánchez Robayna, Fondo de Cultura económica, Mexico, Universidad Nacional Autónoma de México, 2007, 614 p.

[87] Carles DUARTE, Maríntim, Barcelone, Editorial Meteora, SL, 2008 ; C. DUARTE, / Kim CASTELLS, Mars, Poema, Tarragone, Arola Editors, 2016.

[88] P. GIMFERRER, Mascarada, Aiguaforts Miquel Plana, Prefaci Marie-Claire ZIMMERMANN, Traducció Patrick GIFREU, Aiguaforts Originals de PLANA, Miquel, Olot, Published by Miquel Plana, 1999.

[89] C. DUARTE, Celestial Sant Sopar, Barcelone, Editorial Claret SLU, 2016 ; Alba del vespre i altres poemes, Il.lustracions Aurora Valero, València, Tres i quatre, SL, 2015.

[90] Josep M.SALA-VALLDAURA, Concert  d’esferes. Antologia (1975-2016), op. cit.

[91] P. GIMFERRER, Espejo, espacio y apariciones, op. cit, p. 42-49 et p. 160-163 ; Jaime SILES, Actos de habla, Barcelone, Plaza Janés, 2009 ; Actes de parole, Édition bilingue présentée par Françoise MORCILLO, Traduction de l’espagnol par Henry Gil, Orléans, Éditions Paradigme, 2018.

[92] Antonio COLINAS, Desiertos de la luz, Barcelone, Tusquets, 2008, « II. once de marzo de 2004 » (p. 15-16).

[93] Luis GARCÍA MONTERO, Poesía (1980-2005), En pie de paz (1985-2005), Barcelone, Tusquets, 2006, « Soneto de Madrid, soneto herido, once de marzo 2004 » (p. 606).

[94] Àlex SUSANNA, Promiscüitat, Barcelone, Proa, 2011.

[95] Juan Antonio GONZÁLEZ IGLESIAS, Confiado, Madrid, Visor, 2015.

[96] C. DUARTE, S’acosta el mar. Poesia 1984-2009, op. cit., « Arribar » (p. 729).

[97] Jaume PONT, Raó d’atzar (Poesia 1974-1989), op. cit., p. 258.

[98] El País (Libros), 27-06-1992, p. 12.

[99] Vicens ALTAIO et Josep M. SALA-VALLDAURA, Mig segle de poesia catalana. Del maig del 68 al 2018, Barcelone, Proa, 2018. Sont présentées : la génération de 1970, puis celle qui assista à la chute du mur de Berlin, et enfin la génération du troisième millénaire. L’introduction est intitulée « Mig segle, tres temps : revolta, normalitat, insurgència » (p. 21-47). Chaque poète est représenté par un seul poème. Il y a là un pari et même un défi qui semble porteur. Le dernier texte émane d’un très jeune écrivain, Guillem Gavaldà, né en 1997.

[100] Institut Ramon Llull, Catalan Language and Culture, Poetàrium. Contemporary catalán poetry, DVD-ROM.

[101] C. DUARTE, Carles, S’acosta el mar. Poesia 1984-2009, op. cit., p. 696.

 

Résumé

L’on s’interrogera sur les rapports qu’entretiennent depuis la fin du franquisme et aujourd’hui en 2016 les poètes de langue catalane et ceux qui écrivent en castillan. Se lisent-ils ? Font-ils la recension des recueils écrits dans l’autre langue ? Se traduisent-ils ? Y a-t-il des récitals et des rencontres entre les uns et les autres ? Certains n’écrivent-ils pas dans les deux langues ? Les poètes catalans sont-ils marqués par la lecture des grands poètes espagnols du passé ? Les poètes castillans se ressourcent-ils auprès des auteurs majeurs de Catalogne, du XVe au XXe siècle ? Le vers est-il leur forme commune ou bien la prose ? Perçoivent-ils de la même façon l’homme et le monde d’aujourd’hui ? Les divergences de l’Histoire empêchent-elles le dialogue entre les poètes et une même célébration de la poésie ? L’on procédera à une lecture comparée des œuvres et à l’analyse des réponses faites par les auteurs à quelques-unes de nos questions.

 

Resum

S’interrogarà sobre les relacions que mantenen des de la fi del franquisme fins avui, el 2016, els poetes de llengua catalana i aquells que escriuen en castellà. Es llegeixen els uns als altres? Fan la ressenya dels reculls escrits en l’altra llengua? Es tradueixen entre ells? Hi ha recitals i trobades entre uns i altres? Alguns no escriuen en ambdues llengües? Els poetes catalans estan marcats per la lectura dels grans poetes espanyols del passat? Els poetes castellans es nodreixen de la feina dels autors més importants de Catalunya del segle XV al XX? El vers és la seva forma comuna o més aviat la prosa? Perceben de la mateixa manera l’home i el món d’avui? Les divergències de la Història impedeixen el diàleg entre els poetes i una mateixa celebració de la poesia? Es procedirà a una lectura comparada de les obres i a l’anàlisi de les respostes donades pels autors a algunes de les nostres preguntes.

 

Resumen

Se examinarán las relaciones que mantienen desde el final del franquismo y hasta hoy en 2016 los poetas de lengua catalana y los que escriben en castellano. ¿Se leen entre sí? ¿Hacen reseñas de los libros escritos en la otra lengua? ¿Se traducen mutuamente? ¿Existen recitales y encuentros entre unos y otros? ¿Acaso algunos no escriben en ambos idiomas? ¿Están los poetas catalanes marcados por la lectura de los grandes poetas españoles del pasado? ¿Se nutren los poetas castellanos de los autores principales de Cataluña, desde el siglo XV hasta el XX? ¿Es el verso su forma común o más bien la prosa? ¿Perciben de la misma manera al hombre y al mundo de hoy? ¿Impiden las divergencias de la Historia el diálogo entre los poetas y una misma celebración de la poesía? Se procederá a una lectura comparativa de las obras y al análisis de las respuestas dadas por los autores a algunas de nuestras preguntas.

En guise d’ouverture : Barcelone et la poésie écrite en castillan

Les années 1970 et suivantes

Poètes catalans et poètes espagnols aujourd’hui, au XXIe siècle

Deux domaines poétiques : lectures comparées

Marie-Claire ZIMMERMANN

Sorbonne Université, IEC

Marie-Claire ZIMMERMANN, « Poètes de langue catalane et poètes de langue espagnole au XXe et XXIe siècles : dialogues, points communs, silences et différences », L’Entre-deux, 18 (2) | décembre 2025 | URL : https://www.lentre-deux.com/?b=377 | consulté le 21-01-2026

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